Pourquoi la vérification de l’identité des entreprises est un défi bien différent

Lorsqu’une petite entreprise sollicite un prêt de fonds de roulement, le prêteur ne vérifie pas une seule identité, mais plusieurs. Il doit valider l’entreprise elle-même, son ou ses dirigeants, les éventuels co-décideurs et, dans de nombreux cas, la société holding qui contrôle l’ensemble. 

Le KYC (Know Your Customer) a été conçu pour vérifier l’identité d’une personne physique. Le KYB (Know Your Business), ou vérification de l’identité d’une entreprise, consiste à contrôler simultanément tous ces acteurs à partir de multiples sources de données, tout en respectant des obligations réglementaires différentes à chaque niveau. Appliquer une logique KYC à une entreprise revient à vouloir évaluer une société uniquement à partir du passeport de son dirigeant : cela permet de vérifier un élément, mais laisse de côté tout le reste. 

Les chiffres de la fraude illustrent concrètement le coût de cette approche incomplète. En 2024, la fraude liée au financement des PME a augmenté de 13,6% sur un an. Les cas les plus fréquents concernaient l’usurpation de l’identité d’entreprises légitimes ainsi que le vol d’identité de dirigeants.

Qu’est-ce que le KYB dans le financement des entreprises ? 

Le KYB (Know Your Business) désigne le processus de vérification de l’existence légale d’une entreprise, de sa structure de détention, de ses bénéficiaires effectifs et de ses activités avant de lui accorder un financement. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la Customer Due Diligence (CDD) qui impose aux établissements financiers de connaître et d’évaluer leurs clients professionnels.  

En Europe, les obligations en matière de KYB se sont progressivement renforcées sous l’effet de plusieurs évolutions réglementaires visant à lutter contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la fraude financière. 

Parmi les principales étapes réglementaires : 

  1. La 4ᵉ et la 5ᵉ directive européenne anti-blanchiment (AMLD4 et AMLD5) ont renforcé les obligations des établissements financiers en matière d’identification et de vérification des bénéficiaires effectifs (Ultimate Beneficial Owners – UBO). Les prêteurs doivent identifier les personnes physiques qui détiennent ou contrôlent une entreprise, généralement à partir d’un seuil de détention de 25% ou plus, ainsi que toute personne exerçant un contrôle effectif sur l’entité. 
  2. La 6ᵉ directive anti-blanchiment (AMLD6) et la création progressive de registres nationaux des bénéficiaires effectifs ont renforcé la transparence sur les structures de propriété des entreprises. Toutefois, ces registres ne remplacent pas les obligations de contrôle des établissements financiers : les prêteurs doivent toujours vérifier les informations collectées et s’assurer de leur fiabilité, notamment lorsqu’ils accordent un crédit. 

Pour les acteurs du financement B2B, du crédit aux PME et du financement du besoin en fonds de roulement, ces exigences concernent pratiquement toutes les entreprises candidates au financement : sociétés commerciales, PME, startups, indépendants et groupes disposant de structures de détention complexes. 

Le KYB ne consiste donc pas uniquement à vérifier qu’une entreprise existe. Il permet de comprendre qui se trouve réellement derrière une organisation, quelle est sa structure juridique, quel est son niveau de risque et si elle peut bénéficier d’une relation financière sécurisée.

KYB vs. KYC : sources de données, niveaux de vérification, taux d’échec et obligations réglementaires

Le tableau ci-dessous illustre les différences structurelles entre ces deux processus et explique pourquoi un parcours KYC classique ne permet pas de couvrir les obligations KYB sans créer de failles en matière de conformité. 

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Une entreprise détenue par trois actionnaires à parts égales (33% chacun) nécessite trois vérifications KYC individuelles intégrées dans un processus KYB complet. 

Les équipes conformité qui traitent encore ces contrôles comme deux processus séparés fonctionnant en silos passent régulièrement à côté de cette interconnexion essentielle. Cette rupture entre la vérification de l’entreprise et celle des personnes qui la contrôlent constitue l’une des principales faiblesses identifiées lors des audits des dispositifs de lutte contre le blanchiment (AML).

Les six niveaux de vérification qu’un processus KYB doit couvrir 

Un processus complet de Know Your Business (KYB) s’appuie sur six niveaux de vérification complémentaires. Chacun mobilise des sources de données différentes et présente ses propres risques en cas de défaillance. Or, la plupart des solutions de gestion de crédit ou d’onboarding ne couvrent qu’une partie de ces contrôles. 

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Chacun de ces contrôles peut échouer indépendamment des autres.

Une entreprise peut être parfaitement immatriculée (niveau 1) tout en dissimulant ses bénéficiaires effectifs derrière une structure de détention complexe (niveaux 2 et 3).  De la même manière, un contrôle de réputation (niveau 6) peut révéler des procédures judiciaires, des soupçons de fraude ou des liens avec des activités illicites qui n’apparaissent dans aucun registre officiel. 

C’est pourquoi un processus KYB robuste ne peut pas se limiter à vérifier l’existence légale d’une entreprise. Il doit combiner l’ensemble de ces six niveaux de contrôle afin d’obtenir une vision complète des risques, de satisfaire aux exigences réglementaires européennes et de sécuriser les décisions d’octroi de crédit.

Les limites des plateformes traditionnelles d’octroi de crédit

La plupart des solutions de Loan Origination System (LOS) ont été conçues pour le crédit aux particuliers. Lorsqu’elles sont utilisées pour financer des PME ou proposer des solutions de paiement différé B2B, plusieurs limites apparaissent rapidement. 

Les principales limites sont les suivantes : 

  1. Une intégration limitée avec les sources de données entreprises – Peu de plateformes se connectent nativement aux registres du commerce européens, aux bases de données financières ou aux fournisseurs de données de crédit commercial. 
  2. Des parcours KYC pensés pour une seule personne – Les processus sont conçus pour vérifier l’identité d’un individu, alors qu’un parcours KYB doit contrôler simultanément l’entreprise, ses dirigeants, ses bénéficiaires effectifs (UBO) et parfois plusieurs niveaux de sociétés mères. 
  3. Des règles de vérification peu flexibles – Les exigences de contrôle varient selon la forme juridique (entrepreneur individuel, SARL, SAS, SA, société étrangère, groupe international, etc.). Les plateformes généralistes offrent rarement des règles suffisamment configurables pour adapter automatiquement les contrôles. 
  4. Des contrôles AML réalisés en dehors du processus de décision – Les vérification des listes de sanctions, des personnes politiquement exposées (PEP) ou des médias défavorables sont souvent effectuées manuellement ou via des outils externes, au lieu d’être intégrées directement dans le moteur de décision. 
  5. Une traçabilité insuffisante – Si les décisions de crédit sont généralement enregistrées, les étapes ayant conduit à la validation de l’identité de l’entreprise le sont beaucoup moins. Pourtant, cette piste d’audit est indispensable pour démontrer sa conformité lors d’un contrôle réglementaire. 

Le résultat est un processus KYB fragmenté, précisément là où apparaissent les principaux risques de fraude et de non-conformité. 

Le KYB ne doit donc pas être considéré comme une étape supplémentaire ajoutée au parcours d’octroi de crédit. Il doit être intégré nativement à chaque étape du processus de décision, depuis l’onboarding jusqu’à l’approbation finale.

Le coût opérationnel et réglementaire des défaillances KYB

Les insuffisances en matière de KYB ne représentent plus seulement un risque opérationnel. Elles peuvent désormais entraîner des conséquences financières et réglementaires majeures.  

En Europe, le renforcement continu des réglementations de lutte contre le blanchiment de capitaux (AMLD), des sanctions internationales et des exigences des autorités nationales (ACPR, BaFin, FCA, Banque d’Espagne, etc.) accroît les attentes envers les établissements financiers et les fournisseurs de financement B2B. 

Une vérification insuffisante peut avoir plusieurs conséquences : 

  • des sanctions financières prononcées par les autorités de supervision, 
  • des contrôles renforcés et des obligations de remédiation, 
  • une augmentation des pertes liées à la fraude, 
  • une détérioration de la réputation de l’établissement, 
  • un allongement des délais d’onboarding et une baisse du taux de conversion des demandes de financement. 

Au-delà des amendes, les coûts cachés sont souvent les plus importants : multiplication des vérifications manuelles, ralentissement des équipes conformité, expériences clients dégradées et opportunités commerciales perdues. 

Le nouveau défi : la fraude à l’identité des entreprises alimentée par l’IA générative

La simple vérification de documents ne suffit plus. 

L’essor de l’IA générative (GenAI) permet aujourd’hui de produire des documents d’entreprise particulièrement crédibles : statuts, extraits d’immatriculation, états financiers, justificatifs d’identité ou encore vidéos de vérification manipulées (deepfakes). 

Face à cette évolution, les prêteurs ne peuvent plus se contenter d’analyser les documents transmis par le demandeur. 

Ils doivent systématiquement croiser ces informations avec des sources de données officielles et indépendantes, telles que : 

  • les registres nationaux du commerce, 
  • les registres des bénéficiaires effectifs (lorsqu’ils sont accessibles), 
  • les administrations fiscales, 
  • les fournisseurs de données d’entreprise, 
  • les bases de sanctions internationales et les listes PEP. 

Autrement dit, la confiance ne doit plus reposer sur le document fourni, mais sur la donnée issue de sa source officielle

Paradoxalement, les mêmes technologies d’intelligence artificielle qui facilitent les tentatives de fraude peuvent également renforcer les dispositifs de contrôle. Utilisées au sein d’une plateforme de financement moderne, elles permettent d’automatiser les vérifications KYB, de détecter les incohérences entre plusieurs sources de données et d’accélérer les décisions de crédit sans compromettre la conformité.

Comment RollingFunds intègre le KYB au coeur du parcours de financement B2B

Le véritable défi n’est pas le manque de solution de Know Your Business (KYB) sur le marché, mais l’absence d’une plateforme capable d’orchestrer automatiquement ces contrôles au sein même du processus de décision de crédit. 

Lorsqu’il est réalisé comme une étape indépendante ou manuelle, le KYB rallonge les délais de traitement, multiplie les interventions humaines, fragilise la traçabilité des contrôles et augmente le risque de non-conformité lors d’un audit réglementaire. 

C’est pourquoi les intégrations avec les fournisseurs de données ne doivent pas être considérées comme de simples connecteurs, mais comme des composants natifs du parcours d’octroi de crédit. 

Grâce à son infrastructure technologique, RollingFunds connecte les principales sources de données utilisées pour la vérification des entreprises et l’évaluation du risque : 

  • registres officiels des entreprises, 
  • fournisseurs de données financières et de crédit, 
  • bases de sanctions internationales, 
  • listes de Personnes Politiquement Exposées (PEP), 
  • fournisseurs de données KYC/KYB, 
  • solutions d’Open Banking et de scoring. 

Toutes ces vérifications sont réalisées automatiquement dès qu’une demande de financement est déposée. 

Le moteur de décision exploite ensuite ces informations en temps réel afin de : 

  • vérifier l’existence juridique de l’entreprise, 
  • identifier les bénéficiaires effectifs (UBO), 
  • contrôler les dirigeants et actionnaires, 
  • détecter les éventuelles sanctions ou alertes AML, 
  • évaluer la solvabilité de l’entreprise, 
  • produire une décision de crédit cohérente avec les règles de risque définies. 

Les équipes risques et conformité disposent ainsi d’un dossier complet retraçant l’ensemble des contrôles effectués, sans avoir à lancer des vérifications manuelles sur plusieurs plateformes. 

Chaque action, qu’elle soit automatisée ou réalisée par un analyste, est historisée afin de garantir une piste d’audit complète répondant aux exigences des autorités de supervision.

Pourquoi le KYB est indispensable pour le financement B2B 

Le financement du besoin en fonds de roulement, le paiement différé et le paiement fractionné B2B reposent sur des décisions prises rapidement, parfois en quelques secondes. 

Dans ce contexte, un processus KYB manuel crée un dilemme : 

  • soit les délais d’analyse deviennent trop longs et dégradent l’expérience client, 
  • soit les contrôles sont simplifiés, au détriment de la conformité et de la maîtrise du risque. 

L’intégration du KYB directement au sein du moteur de décision permet de transformer une contrainte réglementaire en avantage opérationnel. 

Les bénéfices sont multiples : 

  • accélération de l’onboarding des entreprises, 
  • réduction des contrôles manuels, 
  • amélioration du taux de conversion des demandes de financement, 
  • meilleure détection de la fraude, 
  • conformité renforcée avec les réglementations européennes en matière de lutte contre le blanchiment et de connaissance client.

Les critères essentiels pour évaluer une solution KYB

Plusieurs fonctionnalités permettent de distinguer un véritable moteur KYB d’un simple module de conformité. Une solution performante doit notamment permettre : 

  1. La vérification automatique de l’existence légale de l’entreprise via les registres officiels. 
  2. L’identification automatique des bénéficiaires effectifs (UBO) ainsi que la vérification KYC de chacun d’entre eux. 
  3. L’accès aux données financières et aux informations de solvabilité provenant de fournisseurs spécialisés. 
  4. Le contrôle automatique des listes de sanctions, des listes PEP et des listes de surveillance pour l’entreprise comme pour ses bénéficiaires effectifs. 
  5. L’analyse des médias défavorables (Adverse Media) afin d’identifier les risques réputationnels ou les procédures judiciaires en cours. 
  6. Des règles de vérification configurables selon la forme juridique, le pays d’immatriculation ou le niveau de risque du client. 
  7. Une piste d’audit complète, retraçant chaque étape du processus KYB et les décisions prises. 
  8. Une orchestration en temps réel permettant aux résultats des contrôles d’alimenter directement le moteur de décision et le scoring de crédit. 

Conclusion 

Le Know Your Business est fondamentalement plus complexe que le Know Your Customer

Là où le KYC consiste à vérifier une personne physique, le KYB impose de comprendre toute l’organisation d’une entreprise : sa structure juridique, ses bénéficiaires effectifs, ses dirigeants, ses partenaires et les risques associés. 

En Europe, les exigences issues des directives anti-blanchiment (AMLD), des recommandations du GAFI et des réglementations nationales imposent désormais aux établissements financiers de mettre en œuvre des contrôles toujours plus robustes. 

Les acteurs qui réussiront à développer durablement leurs activités de financement B2B seront ceux qui intégreront le KYB au coeur de leur infrastructure technologique, en le considérant non pas comme une simple obligation réglementaire, mais comme un levier d’efficacité opérationnelle, de maîtrise des risques et d’amélioration de l’expérience client.